les villes de christophe ossard
Des empilements, les épaisseurs sur des épaisseurs, des calculs bien droits, des blocs bien taillés, des hauteurs pour d’autres proportions, des buildings, presque.

La lame s’engouffre et tranche, apparaît une découpe nouvelle, une lecture neuve. L’aplat s’encombre et m’offrant trop de couleurs, l’adhésif s’élève et se profile...
voir les images des villeslire la suite du texte sur les villes
Des empilements, les épaisseurs sur des épaisseurs, des calculs bien droits, des blocs bien taillés, des hauteurs pour d’autres proportions, des buildings, presque.

La lame s’engouffre et tranche, apparaît une découpe nouvelle, une lecture neuve. L’aplat s’encombre et m’offrant trop de couleurs, l’adhésif s’élève et se profile.

Comme un enfant, je fabrique des briques pour ma maison, puis des maisons, puis des immeubles qui ont des étages allumés. Alors une ville et ses quartiers, des espaces, des bosses et des creux pour le sol.... Ça va très vite et ça s’écroule. Comment ça colle tout ça !

À l’envers, à l’endroit, au tuteur, au double face, à la colle... je m’architecte, je me bâtisseur, j’entre en volume. Et puis j’urbanise mes gestes et mes lames s’approprient l’usage chirurgical, plus précis encore. Je tends à de nouvelles cohérences de climats tant que de perspectives de relief. Je suis novice. Je fais des Villes et elles existent ! On y voit parfois même un fleuve et ses ponts. Chacun cherche où il habite,... là, c’est un musée ?... Ça doit être bien, par ici !

Et voilà que la nature s’installe, rivalise la cité, l’encombre, la repousse ou la dévore. Le végétal grandit et les histoires se transforment en jardinage sur dimensionné. Je sculpte en sens fiction, je scrute la mesure et joue. L’harmonie de l’état des pièces repousse les limites de l’équilibre, l’ultraviolet se fait nocturne, l’argenté, surface, le réflecto, balise. C’est avec une loupe que l’on apprécie ces formes un peu comme ou joue avec un brin d’herbe et un microscope, comme une promenade. Des champignons surgissent sur les pans multicolores ou se lient capuchon pour de petites constructions. Le terrain s’en mêle et s’apprivoise, on y cultive le bouquet et la cité s’installe sur pilotis, par passerelles. On découvre les anciennes ruines, on imagine des travaux, plus adaptés. Avec du matériel macro, on cherche du sourire l’humain qui se cache là-dessous. En été, certains insectes y butinent on ne sait quoi, parfois y échoue une toile d’araignée.

Ce travail ressemble à la vie d’une ville, avec des possibilités de persévérance dans son domaine d’actualisation face au végétal et une évolution constante de mes modernités techniques. Les résultats progressent.

L’histoire des Villes va se modifier par ses nouveaux domaines de surface et les nouvelles expériences adhésives à venir. Mes recherches me conduisant dès lors vers une approche plus orientée sur l’étude des fabrications du relief, plus adapté à la création d’une matière destinée au fond de mon prochain grand format : Orphée.

Je regarde donc vers les déserts, en capter l’en dessous nécessaire.

LES VILLES ou la préparation camouflée d’Orphée. (2001-2007)


C’est avant tout la découverte et la suite logique de mes recherches sur la façon d’adapter la découpe adhésive à mes projets artistiques. Le désir d’affronter l’illustration mythologique demeure, je prépare Orphée. L’éducation est de rigueur face aux techniques de collage, de résistance à l’usure, comme la persévérance des divers usages lumineux dans des équilibres de lectures et d’harmonies.

L’histoire des Villes est un hasard qui s’est imposé avec mes constructions vinyles, ensuite est venu le «Végétal», des pelures, puis leurs confrontations, sans cesse alimentées de perfectionnement. Il me reste à approcher encore deux mises au point, qui vont faire l’objet de prochains travaux. Ensuite surgiront les soucis de l’œuvre en elle-même, sa taille, sa fabrication, son coût !

Pour traiter Orphée, je désire une approche de l’adhésif dans la masse et non, comme pour Marsyas ou Les Rois, dans l’ amalgame de coupes surcollées sur un fond superposé. J’espère ainsi m’affronter à quelques centaines de couches de matière, m’immergeant au plus près dans le souterrain du Royaume des Morts, sublimant chez le fils de Calliope le Parcours et le Doute.

Les Villes sont un exercice de taille domestique et une application ludique de ce que peut être le second volet de ma trilogie mythologique (Marsyas-Orphée-Icare). Et de façon à ne pas encore emprunter trop tôt la courbe du thème, je promène l’apprentissage dans cette inspiration urbaine, sculpturale, accessible et démonstrative. Elles me permettent ainsi d’apprécier le regard nouveau et sensible de visiteurs amusés par des jeux de lumière, de loupes ou d’impressions d’objectifs.

Nous avons nous-mêmes tourné un clip vidéo, séduit par les effets probables de ces techniques.

LA TECHNIQUE

Si ce n’est une approche totalement différente de mes précédents travaux, la grande surprise réside dans la pratique de nouveaux instruments de coupe tels que les bistouris de certains corps médicaux et une adaptation personnelle des lames de cutters traditionnels, élargissant l’éventail du domaine sensible de l’acte. Car c’est bien de ça dont il s’agit, aussi. Du geste.

L’usage des trois lectures par l’éclairage est maintenu, comme pour Marsyas et Les Rois, utilisé dans le cas présent à d’autres pertinences de rêveries.
les tableaux de christophe ossard
«C’est d’une manière mystérieuse, énigmatique, mystique, que l’œuvre d’art véritable naît de l’artiste. Détachée de lui, elle prend une vie autonome, devient une personnalité, un sujet indépendant, animés d’un souffle spirituel, qui mène également une vie matérielle réelle – un être.»
Wassily Kandinsky. Du spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier.

1986. Un nouveau point de départ. Je m’exprime en couleur et offre à la lame l’usage de la forme. Une belle histoire commence...
voir les images des tableauxlire la suite du texte sur les tableaux
«C’est d’une manière mystérieuse, énigmatique, mystique, que l’œuvre d’art véritable naît de l’artiste. Détachée de lui, elle prend une vie autonome, devient une personnalité, un sujet indépendant, animés d’un souffle spirituel, qui mène également une vie matérielle réelle – un être.»
Wassily Kandinsky. Du spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier.

1986. Un nouveau point de départ. Je m’exprime en couleur et offre à la lame l’usage de la forme. Une belle histoire commence et c’est d’arrache pied que je découvre un nouveau sens, le développement d’un autre contenu. J’en suis du reste toujours hanté.

Ces tableaux-là m’ont ressemblé, la quête et la difficulté, l’imitation et l’interrogation, le splendide bref et le gâchis, l’apprentissage des passages est une jeunesse et j’aime ces images comme un album précieux. Je m’aiguisais.
les rois de christophe ossard
Figures de lien entre les dieux et les hommes, mes ROIS , panoplie de visages, photomatons renouvelés.

POURQUOI LES ROIS.

Durant la réalisation de Marsyas, je dessine des visages, pour les personnages du tableau mais aussi pour évacuer la pression de la fabrication d’une telle matière, de l’exercice incessant et pénible de la coupe et du collage...
voir les images des roislire la suite du texte sur les rois
Figures de lien entre les dieux et les hommes, mes ROIS , panoplie de visages, photomatons renouvelés.

POURQUOI LES ROIS.

Durant la réalisation de Marsyas, je dessine des visages, pour les personnages du tableau mais aussi pour évacuer la pression de la fabrication d’une telle matière, de l’exercice incessant et pénible de la coupe et du collage. Les dimensions s’imposent d’elles-mêmes, celles de mes cahiers, tous identiques. La peinture aussi, celle des pastilles de coloriage pour les enfants, on en trouve presque partout

Marsyas terminé et son histoire en cours, il était simple de faire vivre ces dessins, de rebondir sur une technique adhésive maîtrisée et de l’unir à cette ribambelle de portraits gauches, étrangement sympathiques et cependant torturés.

Nous sommes en 1998, un format domestique et une idée abordable : traiter le compliqué d’une pratique laborieuse pour la transformer en usage simple et esthétique, avec des couleurs unies, lisibles, une ligne simple pour une expression rapide, pas de cheveux mais un crâne en couronne, des regards avant tout, une illustration au charme sûr.

Le bleu sera bleu, le vert, vert, le rouge, rouge, le jaune, jaune et le blanc, blanc. Et une touche d’autoportrait pour les yeux !

Pour des commodités de surface, c’est au nombre de trente que cette suite de portraits existera.

Ma cabane en bois peut une dernière fois se trouver ma complice ( cf. MVMO). Et en automne, les yeux de ces visages s’ouvriront sur la mer, filtreront avec ces lumières magiques et douces. En Novembre 1999, Bordeaux nous accueille, « Trente Rois-Gironde », la série imite le miroir et les gens sourient.

Les tableaux en adhésif vivent leur vie, il reste une fin en suspend pour l’aventure des dessins, plus ou moins d’actualité .

LA TECHNIQUE.

Comme Marsyas, par l’éclairage,les Rois se distinguent par trois lectures distinctes : la couleur du jour, la lumière ultraviolette et la visibilité réfléchissante.

Le bleu du visage est aussi réfléchissant, le vert du fond est aussi fluorescent, les quatre autres couleurs combinent les deux artifices, les contours ne sont que bleu réflectorisant.
Marsyas de christophe ossard
Le Mythe de Marsyas

"QUI A PENSÉ DANS LA PLUS GRANDE PROFONDEUR AIME CE QU’IL Y A DE PLUS VIVANT." Holdërlin, Poésies.
"AVEC LE RIEN DE MYSTÈRE, INDISPENSABLE, QUI DEMEURE, EXPRIMÉ, QUELQUE PEU." Mallarmé, Divagations....
voir les images de marsyaslire la suite du texte sur Marsyas
Le Mythe de Marsyas

"QUI A PENSÉ DANS LA PLUS GRANDE PROFONDEUR AIME CE QU’IL Y A DE PLUS VIVANT." Holdërlin, Poésies.
"AVEC LE RIEN DE MYSTÈRE, INDISPENSABLE, QUI DEMEURE, EXPRIMÉ, QUELQUE PEU." Mallarmé, Divagations

Ce mythe traite de l’auto-écorchement, du duel de l’artiste face à l’Art, de l’impulsion face à la raison, et de bien d’autres réflexions sur les conditions et coutumes de la civilisation grecque.

Restent ces mots d’Ovide, «Pourquoi m’écorches-tu de moi-même» et cette réflexion toujours d’actualité «Tu ne seras pas l’égal d’un dieu.»

Mais ici, c’est la représentation du duel musical qui nous intéresse et la suprématie de la lyre grecque sur la flûte, instrument primaire et symbole autant sexuel que paillard. C’est aussi l’instrument de Pan.

Ce mythe fait partie de l’histoire de l’Art par le biais de l’école de Naples du XVI – XVII siècle et l’on retrouve de par le monde de nombreuses représentations de ce châtiment exemplaire (Titien, Reni, Ribera…etc...). Il représente Apollon dépeçant Marsyas. Pour ma part j’ai choisi le parti pris du silence, de la réflexion et du constat.

Le tableau, de 7m x 3m, se décompose en 3 lectures selon la lumière proposée :


The famous technique d’amalgame de couleurs adhésives aux propriétés spécifiques (fluorescentes, réfléchissantes, mates, brillantes, translucides…) et à leurs supports lumineux adaptés (tubes néons ultra-violets, projecteurs) permettent ces différentes lectures.

- En lumière naturelle (Hemara), l’histoire du mythe, crue.

- En lumière ultra-violet, la magie olympienne d’Apollon. Il n’est plus question de duel. Nous sommes plongés dans le merveilleux et l’éclat doux, l’évasion et la pénétration personnelle, d’une scène mythologique.

- En lumière frontale, par contre, nous sommes saisis de la cruauté du mythe et chaque élément rend alors compte du tragique de la scène. Les personnages apparaissent dans l’éclat de leur véritable identité et nous sommes tout simplement charmés.

"Entre féerie et sorcellerie, Christophe OSSARD réinvente la matière picturale et sublimissime le mythe de Marsyas.
Au-delà de la simple figuration, son œuvre monumentale (3m x 7m) trouve son équilibre dans la superposition de teintes adhésives qui donnent un relief et une dimension nouvelle à cette scène théâtrale immortalisée par l’Ecole de Naples.
Il ne s’agit pas de jouer sur les déclinaisons du clair obscur mais bien de stratifier la lumière de manière à ce qu’elle puisse contenir sa propre énergie réflective, et se prêter au regard ludique du spectateur halluciné devant les différentes variations chromatiques qui lui sont proposées.
Alors doit-on dire de Christophe OSSARD qu’il est chirurgien, théologien, sculpteur, pointilliste, couturier, photographe ou enlumineur ?
Lorsqu’on est confronté à son œuvre, on se surprend à penser qu’il endosse tous ces rôles à la fois.
Ainsi emprisonné dans une mosaïque de couleurs, son héros écorché vif adresse un clin d’œil moqueur à l’Histoire de l’Art, sous le joug protecteur de la chouette Athéna.
"

Article paru dans le Figaro en Novembre 1997 à l’occasion de l’exposition de Christophe OSSARD dans la galerie Gastaud et Caillard , rue de Belleyme à Paris.
le clip de christophe ossard


Réalisation/montage : Pierre BOUCHILLOUX
Mix : Steinsky & Amon TOBIN
Sculptures : Christophe OSSARD
Paris, automne 2003

Ce clip est la rencontre du réalisateur Pierre Bouchilloux avec mon travail sur les Villes. Il y a fait naître un regard, j’étais un assistant émerveillé, je demeure un spectateur séduit.

Nous sommes nombreux à penser que mes sculptures s’associent à l’image animée et te remercions, Pierre, de cette formidable performance et de ton élan créatif.
voir le clip des villes